Sur la fragilité d’une matinée rayée
Un beau jour, tu pourrais prendre une ligne, ceindre le midi ou n’importe quelle autre parcelle de temps. Les trancher ? Pas tout à fait, mais passer outre le temps, à travers le temps, en le priant gentiment de s’effacer, juste pour te voir, de la manière où tu demeureras pour les autres. Pour toi, tu ne demeureras pas, ni ne vas-tu reprendre de l’au-delà le regard furieusement doux pour te défendre. Tu feras bouger en moi un cil de monde à l’horloge envoyé à réparer.



Tiens-toi sage, ton horloge ne pourra plus revenir de là. Et même s’il revenait, de toute façon, il ne pourrait

plus te retrouver. As-tu jamais songé, c’est-à-dire, au moins une fois, à une possible fuite de nous dans les mémoires ? Je ne sais pourquoi, mais quelque chose me dit que tu n’en as aucune idée. Tu n’as même pas refusé ce songe car il n’avait d’où te venir. Seulement je te prierais ne plus utiliser jour heure instant. Des mots pour toi sans importance.
Des lignes je parlais quelque part. Comme d’un silence suivant une volute de lumière. Enfin, la ligne est après tout de la lumière. Elle est, comment dirais-je, un chemin du regard vers le cœur. Ni même le soleil ne bouge en tranchant le monde dans la nuit. Prenons une matinée comme toi, ajoutons-y une ligne et attendons que tu y places l’image du visage d’un horizon. D’une maison. D’une fille, d’une manière ou d’une autre. L’espace dissout par la vue du détail. Vaste comme le monde. Ou le monde comme lui ? La question a-t-elle un sens, Gicu ?

Dan Iancu
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