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Il ne m’a
jamais été trop clair si les histoires étaient
censées nous endormir ou au contraire, de nous tenir
éveillés. Ma grand-mère, par exemple,
se mettait à ronfler au beau milieu du combat entre
Prâslea et le dragon. Finalement je m’endormais
aussi, il est vrai un peu inquiet du sort du brave jeune homme,
invariablement oublié enterré jusqu’à
la taille. N’importe à quel point les conteurs
étaient fatigués, une chose est claire –
leurs histoires étaient un remède contre la
mort. |
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On conte interminablement,
comme la Chehrazade, pour éloigner la mort. |
Les photos de Gicu Serban
essaient, à leur tour, d’empêcher cet assoupissement
porteur de la mort. Son jeu de conteur en images volées
au monde a un charme et une modestie spéciales. Ses
photos proposent un mode du clair-obscur, de la lumière
filtrée, qui entre discrètement par les fenêtres,
peureusement en quelque sorte. L’approche du sujet se
fait par de pas successifs et cotonnés, de chat, et
les manières de les aborder sont souvent surprenantes.
J’aime son jeu de plans nets et flous, la manière
dont il choisit de vibrer et de prendre au sérieux
jusqu’au plus banal sujet, le tourner et le retourner,
comme une proie, avant de se fixer pour l’angle final
de l’approche.
Ses histoires sont de deux genres : soit de celui qui demande
un effort particulier d’attention justement parce qu’elles
exigent que le spectateur les continue (après ce que
le conteur soit tombé de la fatigue de son propre récit),
soit du genre des « berceuse auprès du feu »
pour des bambins aux lèvres scellées, qui comprennent
tout depuis la naissance du monde justement parce qu’ils
n’ont pas encore le don du parler. Lorsque l’ange
leur prodigue ce don, ils oublient tout comme par enchantement
et sont condamnés de refaire le monde depuis des images
et des brins de mots. Les photos de Gicu Serban nous rappellent
justement cet oubli et nous obligent de recomposer le monde,
de nous demander inlassablement qu’est-ce qu’il
y a au-delà des deux fenêtres jumelles à
travers lesquelles la lumière se faufile dans une grange
abandonnée, de quoi a-t-il l’air l’univers
de la silhouette qui poursuit son chemin une matinée
d’hiver, ou comment est-ce qu’elle serait la chambre
par la fenêtre de laquelle on entrevoit le clocher de
l’église.
La beauté subsiste dans le fait que, dans le cœur
même de chaque image, élit domicile l’amour
de l’auteur pour son histoire, au moment où elle
vient au monde ; la suggestion de l’auteur est que nous
entrions, en tant que récepteurs, en vibration avec
cet état de grâce et, si possible, que nous que
nous veillions que l’histoire ne s’achève
pas sans que le monde soit remis en ordre, comme il se doit.
Voicu Bojan
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des
destins
des histoires
L’approche du sujet se fait par de pas successifs et cotonnés,
de chat, et les manières de les aborder sont souvent surprenantes.
J’aime son jeu de plans nets et flous, la manière dont
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